Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Trouble panique - Trouble d'anxiété généralisée - Trouble obsessionnel-compulsif - Phobie sociale - Trouble de stress post-traumatique - Phobie spécifique
Vc1234
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Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par Vc1234 » 21 déc. 2019, 13:56

Bonjour à vous,

J’ai envie de faire un petit témoignage, qui j’espère sera positif et aidera ne serait-ce qu’une personne. Je sais ô combien le temps des fêtes est merveilleux pour certain, mais lorsqu’on souffre, c’est le pire temps de l’année. L’anxiété, c’est la maladie du siècle, on dirait que tout le monde en souffre, mais je pense que les gens qui sont diagnostiqués et pour qui c’est chronique savent réellement à quel point c’est douloureux.

Pour vous mettre en contexte j’ai 26 ans, je suis technicienne juridique et j’habitude sur la Rive-Nord de Montréal. Les troubles anxieux sont dans ma vie depuis que j’ai 8 ans. À ce moment là, à Ste-Justine le diagnostique avait été vague : anxiété. Mon père est tombé malade quelques temps avant ça, ça a ébranlé ma vie. On a découvert pas longtemps après que j’avais la même chose que lui : cardiomyopathie dilatée, légère dans mon cas. C’est congénital, mais surtout bien traité par de superbes cardiologues, mais à 8 ans, mon monde de licornes et princesses venait de s’écrouler. Comme bien des enfants anxieux, j’expliquais ça à mes parents en disant que j’avais mal au ventre. Toujours mal au ventre, chaque jour de ma vie.

Ensuite, je leur ai exprimé que j’avais peur de la mort. J’avais peur que mes proches meurent, j’avais peur de mourir. Un enfant de 8 ans ne pensent pas habituellement à la mort. Puis j’avais peur des maladies, qu’elles soient cardiaques, le cancer, la méningite, etc...

J’ai fait mes premières crises d’angoisse à ce moment là. Coeur qui battait la chamade, difficulté à respirer, état de panique, pour finalement finir ça en vomissant ma vie. Mon petit corps d’enfant finissait toujours par s’endormir, vidé de toute trace d’énergie. Ma mère a été là à chacune de mes crises, à me passer une débarbouillette d’eau fraîche dans le cou, à m’aider à respirer, à essuyer mes larmes, mais surtout, à m’écouter.

Les années ont passé, entre période d’accalmie et période de haute anxiété. J’ai remarqué qu’au fil du temps, lorsque j’étais occupée tout allait bien, mais lorsque je n’avais rien à faire, l’anxiété revenait. Les vacances d’été alors que je n’étais pas en âge de travailler, c’était ma bête noire : trop de temps dans mes pensées et pas assez dans la réalité. C’est dans ces moments là que j’ai aussi été en mesure de comprendre que j’étais hypocondriaque : chaque maladie me faisait peur et j’étais toujours à quelques clics sur Doctissimo ou Wikipédia de penser que j’étais mourante. Les symptômes physiques d’un cancer? Je les ai eux. Un infarctus? Et oui, ça aussi.

J’ai enchaîné les thérapie avec des pédopsychologues durant ma jeunesse et ça m’a fait du bien. Rendu au Cegep, là c’était une autre game. À 21 ans, j’étais un peu perdu. Encore en train d’étudier en cinéma, sans trop savoir ce que je voulais faire précisément alors que mes amis réalisaient leur rêve, du moins eux ils avaient des rêves. Ma relation avec mon copain de l’époque n’allait pas bien, c’était toxique. Je détestais mon emploi étudiant. En plein cours de philo, mon coeur s’est mit à battre au rythme d’un drum dans une chanson métal, je n’étais plus capable de respirer, j’avais l’impression que j'allais vomir. Non, plus tôt perdre connaissance... Ah mais non c’est mourir, clairement j’allais mourir!!! La peur envahissait chaque cellule de mon corps. J’ai quitté le cours sans savoir que c’était le début d’une longue série d’attaque de panique.

Là, ce n’était plus la même game que mes crises d’angoisse. Beaucoup plus prenant, beaucoup plus épeurant, beaucoup plus épuisant. Je suis devenue l’ombre de moi-même : les crises étaient présentes à chaque jour. J’ai passé d’en faire simplement dans ce cours de philo à en faire chaque jour à l’école et au travail et à l’épicerie et chez moi et partout. En l’espace d’un mois, ma vie avait changé : mes résultats scolaires avaient chuté, mon chum m’avait laissé, j’avais dû déménager chez mes parents et surtout, je n’étais plus capable d’aller au coin de la rue sans faire une attaque de panique.

J’essayais de me convaincre que c’était normal de tout annuler, mais j’ai bien vite compris que mes amis n’appelaient plus car j’annulais toujours, mon travail ne me trouvait plus fiable donc me donnait de moins en moins d’heure, mes notes à l’école chutait. Normal quand tu quittes chaque cours après 15 minutes. Ma famille ne savait plus quoi faire avec moi, car je refusais leur aide. Tout allait bien.

Je m’étais montée une belle pièce de théâtre que j’étais la seule à croire : on aurait pu l’appeler « tout va pour le mieux ». J’étais capable de dire que j’allais bien, que tout était sous contrôle, parce que c’est ce que les gens veulent entendre, non? Ils veulent nous entendre dire que tout va bien. Qui a le temps d’entendre « non » à la question « ça va ». C’est sincèrement ce que je croyais.

Et je m’enfonçais, un peu plus chaque jour, chaque heure, chaque minute. La souffrance, il n’y a aucun mot pour décrire comment je souffrais. J’ai vu un, deux, trois psychologues. Je faisais plusieurs attaques de panique par jour, je n’arrivais plus à rien faire, ni à sortir, ni à demeurer seule chez moi, j’étais en peine d’amour, je ne dormais plus et ne mangeais plus. Je pleurais de mon réveil à mon couché. Ouvrir mes yeux le matin était pénible. Que je commençais peu à peu à souhaiter ne plus les ouvrir le matin. Je me trouvais lourde, un boulet pour mes proches. Je voyais noir, tout était si noir que je n’arrivais même plus à voir la lumière de l’autre côté.

J’en suis venue à la conclusion que je devais arrêter de souffrir. J’avais un « quand » et un « comment ». Je voyais la tristesse dans les yeux de mes proches, je voyais comment ils étaient désemparés. Je devais arrêter de les faire souffrir eux aussi. Il y a 5 ans jour pour jour j’avais décidé que j’allais mourir. C’est fou car pourtant, tout ça partait d’une peur de... mourir.

Ce soir là, j’ai craqué, complètement. Je vous épargne les détails, mais ma mère est arrivée juste à temps. Les signaux, elle les avait vu. J’ai pleuré tout les larmes de mon corps en lui disant que je ne voulais plus me réveiller le matin. Et elle a pleuré. Je ne peux m’imaginer ce que ça doit être pour une mère, entendre ça. Et elle m’a supplié d’aller chercher de l’aide. J’ai accepté après plusieurs mois de souffrance.

Le même soir où j’avais décidé de mourir, j’avais décidé de vivre et d’enfin accepter la main qui se tendait devant moi. Souvent, on ne les voit pas ces mains là malheureusement.

Il y a 5 ans jours pour jour, j’ai passé proche de faire la pire erreur parce qu’aujourd’hui, ma vie ne ressemble en rien à ce 21 décembre 2014 : à ce moment là on m’a diagnostiqué à l’hôpital Albert-Prévost un trouble panique avec agoraphobie, un trouble d’anxiété généralisée, une hypocondrie sévère et une dépression. J’ai suivi une TCC et j’ai changé ma vie de A à Z : changement de mon cercle d’amie, changé de travail, changé de domaine d’étude, adopter des habitudes plus saines, etc....

Les cinq dernières années n’ont pas été de tout repos, mais je ne changerais rien au monde à ça. Oui, mes troubles anxieux sont toujours avec moi, je crois bien que dans mon cas, c’est chronique, mais j’arrive à gérer et à bien vivre avec. J’ai un travail que j’aime, un amoureux exceptionnel, des amis et une famille présente, etc...

Tout ça pour dire que si toi aussi, tu te retrouves lors d’une froide nuit de décembre et que tu ne le vois plus le bout, regarde un peu plus près, il y a des mains qui se tendent devant toi. Je te jure, ça va bien aller. C’est cliché, mais le temps fait bien les choses.

Bon temps des fêtes à vous tous. Si quelqu’un est seul, à besoin de parler, ne serait-ce que se vider le coeur, je tends ma main et je suis là.

scotch38
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par scotch38 » 24 déc. 2019, 11:55

Tu es formidable.
J'ai été très émue de lire ton message.

j'ai vécu les mêmes choses, parfois pire, et je te comprends tellement.
Merci de faire passer ta force par ces mots.

Je tends la main aussi si quelqu'un a besoin de parler.

Vc1234
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par Vc1234 » 02 janv. 2020, 18:12

Merci tellement Scotch, c’est si gentil xxx!!!

Scipio
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par Scipio » 03 janv. 2020, 08:28

Woaw :shock:

Après toutes les épreuves que tu as dû surmonter, tu es arrivée à garder la foi et à surmonter ça.
Juste... bravo en fait, tu donnes de la force à énormément de gens avec ton témoignage, j'en suis certain.

SACHA
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par SACHA » 03 janv. 2020, 11:18

Salut VC1234

Il est vrai que dans l'enfance, il est pas normal d'avoir des peurs, de l'anxiété au point de ne plus fonctionner.. pourtant il m'est arrivé la même chose que toi..

dans mon cas, j'ai 45 ans, j'avais pas le soutient que tu as eu de ta maman.. tu es chanceuse..

moi, je vivais ma peur seule.. j'ai presque doublé ma 4ieme année car j'avais trop manqué d'école pour raison de mal de ventre... dans mon temps, il n'avait pas de Google, de Doctorissimo.. donc mon hypocondrie s'est développé un peu plus tard.. par contre, la peur de mourir, de la mort était très présente..(grand mère agarophobe, TAG...) donc je me suis tourné vers la religion... je lisais le ''Nouveau testament'', je faisais des prières tout le temps.. j'avais 10 ans :shock:

comme toi, j'ai eu une accalmie mais le tout est revenu vers l'âge de 30 ans, après plusieurs chocs émotionnels .. le décès de ma mère quand j'avais 28 ans, avoir des jumelles à 22 ans donc une avec une paralysie cérébrale..mon mari m'a trompé à mes 29 ans.. trop trop j'en pouvais plus

donc diagnostique de TAG avec panique.. comme toi j'ai fait plusieurs thérapies, médication on & off.. et à 38 ans, mon médecin m'a transférer à un psychiatre.. elle savait plus quoi faire de moi... 1iere tentative de suicide..

4 ans après suivi psychiatrique .. le diagnostique tombe.. Bipolaire type 2, comorbidité TAG avec trouble panique..

mais comme toi, je gardes espoir et j'essaie de voir les mains tendues.. ce qui est difficile quand tu es en crise..

On est pas seule

scotch38
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par scotch38 » 03 janv. 2020, 12:00

Non sacha, tu n'es pas seule


Moi non plus, je n'ai pas eue la chance d'avoir été comprise et rassurée : père alcoolique (violences et peurs psychologiques quotidiennes) mère passive et subissante.
Sans internet pour nous renseigner et nous mettre en contact, on reste longtemps dans un cercle vicieux, angoisse, on a peur, on va devenir dingue, on est dingue, on a peur ...

Ce que je retiens de toutes ces années d'angoisses, c'est qu'on n'en sort pas, qu'on doit vivre avec. Avec ses pics hauts et ses pics bas.
Mais qu'on en sort plus fort, c'est certain. Plus ouverts, plus tournés vers les autres, plus empathiques.

Surlaroute
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par Surlaroute » 04 janv. 2020, 10:44

Merci pour ce témoignage. Moi aussi j'ai connu le TAG à 19 ans + dépression. J'en ai fait des thérapies. Là depuis 2 ans, c'est reparti, je suis en arrêt de travail depuis 1 an. J'essaie de m'aider, mais le moral ne remonte pas. Je vois une psychiatre. J'ai passé 6 semaines à l'hôpital, j'ai fait 8 rondes d'électrochocs. Je suis de retour à la maison, terrifié que les assurances me coupent. Ce n'est pas jojo. Mais là, je me dis que je dois essayer ce qui a fonctionné par le passé. Thérapie d'activation, groupe d'entraide, etc. Effectivement, cela ne se guérit pas, cela se gère. J'espère retrouver une prise et reprendre ma route. Bonne année à tous et à toutes. Je vous souhaite la force d'affronter vos peurs et le moral pour profiter de la vie!

Surlaroute

scotch38
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par scotch38 » 04 janv. 2020, 10:51

Je suis effondrée en lisant que vous ne bénéficiez pas de la sécurité sociale comme nous, en France.
Ici tu cotises, mais quand tu es malade, c'est pris en partie en charge. Ca ne viendrait à personne de laisser quelqu'un dans le besoin, sans le soigner.
Bon, on descend régulièrement dans la rue parce que les politiciens nous suppriment des tas d'acquis de partout, mais comparé à vous, on est chanceux.

ValouS16
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par ValouS16 » 22 janv. 2020, 13:08

Wow... Je suis littéralement en train de pleurer devant ton texte. Ça me touche énormément et je me reconnais à 100%. Ça fait 3 jours que j'ai des symptômes physiques et mentaux d'une crise de panique. Je me sens énormément seule là-dedans et je vois mon amoureux être totalement impuissant et je sais que ça lui fait mal à lui aussi.

On a sensiblement le même âge (j'ai 25 ans) et j'admire énormément ton courage et tout le chemin que tu as fait. Sincèrement!

Merci encore XO
- Valérie

Julien Pinder
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Re: Choisir la vie - vivre avec l’anxiété (témoignage)

Message par Julien Pinder » 30 janv. 2020, 02:49

merci pour ce témoignage vraiment émouvant ! ça donne de l'inspiration ainsi que de la force, encore merci, c'est une belle histoire

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